Expérience éphémère des territoires de transit
L'essai-projet interroge la perception et la production architecturale à travers la mobilité et la temporalité, en prenant le train comme objet théorique et dispositif de projet. Dès le début du vingtième siècle, les compagnies ferroviaires nord-américaines ont construit une rhétorique publicitaire fondée sur la promesse paradoxale d'une nature sauvage accessible et confortable, faisant du voyage ferroviaire un vecteur de statut social autant qu'un médium narratif, rôle qu'illustrent également, dans le registre fictionnel, le roman d'Agatha Christie ou le film Snowpiercer.
Ce double statut du train constitue le point de départ d'une recherche articulée autour de trois axes : la transformation de la perception par le mouvement et la vitesse, à partir des travaux de Marc Desportes et Paul Virilio ; les généalogies de l'architecture mobile et éphémère ; et le phénomène de post-contre-culture et la domestication de l'esthétique alternative à des fins de valorisation commerciale.
Le projet propose d'explorer le train comme espace de mobilité narratif à travers un événement parcourant plus de 5 000 kilomètres de paysages canadiens. Pour cette première édition, les arrêts ont été choisis pour leur caractère oublié et banal, privilégiant des lieux qui vivaient autrefois par et pour les rails. Le projet se veut une expérience unique où les lauréats d'un concours traversent ce voyage porté par une scénographie immersive, conçue et habitée par des artistes sélectionnés pour leur singularité.
Au fil du trajet, de nouveaux paysages émergent, que les participants sont invités à vivre par des modules contemplatifs et expérientiels déployés à même le convoi et sur les sites. Le convoi fonctionne en circuit fermé, récupérant les déchets produits et les matériaux glanés sur les sites traversés pour alimenter et renouveler ses propres wagons selon le principe de Leave no trace.